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Perth

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les avis de Cinemasie

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4 critiques: 4.19/5

visiteurnote
Illitch Dillinger 4
Diana 4.25
chronofixer 4
Bastian Meiresonne 4.5


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Taxi Driver étant un film référence pour moi, j'étais assez curieux de voir "la réponse singapourienne à Taxi Driver", et bien malgré le fait que PERTH n'a pas l'excellence du métrage culte de Scorcese, on tient tout de même un film marquant et réussi. D'abord l'acteur principal est charismatique, le film repose pas mal sur ses épaules et il s'en sort bien. Ensuite le film est visuellement magnifique, et l'ambiance sombre et glauque. Par contre tout n'est pas parfait: le pétage de plomb du personnage est un peu maladroit, et son interprétation demanderait parfois un peu de retenue. Dans son ensemble PERTH est un excellent film, qui ne détronera pas TAXI DRIVER et qui, tout en lui rendant hommage, n'en est pas une pâle copie. Je regrette juste de ne pas l'avoir vu en salle plutôt qu'en dvd avec une piste sonore pourrie.

27 septembre 2007
par chronofixer


Mean Streets

Il faut savoir replacer "Perth" dans son contexte pour en mesurer l'incroyable portée. Depuis son indépendance dans les années 1960, Singapore est soumis à un régime totalitaire très, très, très strict; ce qui a permis au pays de sortir d'un état de relative pauvreté jusqu'à devenir l'un des plus riches de l'Asie actuelle, malgré la petitesse de l'île et de sa totale dépendance économique (l'île ne dispose d'aucune matière première, obligé d'importer jusqu'à l'eau potable pour subvenir aux besoins de ses citoyens). Fumer dans des lieux publics, mâcher du chewing-gum, voire même jeter un papier dans la rue, est passable de fortes amendes, voire de peines de prisons; et des fortes motions de censure contrôlent liberté de la presse et contenus des films. L'hilarant court-métrage (cesnuré…) "Cut" de Royston Tan fait l'énumération de tous les films coupés de ces dernières années, incluant "Titanic" et … "Swimming Pool". Il est donc tout à fait incroyable à croire en l'existence d'un film comme "Perth". Fortement inspiré des films de Scorsese (quoiqu'on en dise son réalisateur), Djinn reprend l'attitude de ses personnages, les juteux échanges verbaux (normalement censurés) et … une extrême violence encore plus glaçante que celle de son mentor, car bien plus réaliste. Le tour de force reste, que contrairement aux films de Scorsese, la plupart des personnages sont des gens tout à fait ordinaires – loin des clichés mafieux du réalisateur américain. Djinn est l'un des tous premiers à s'intéresser à une véritable "sous-couche" populaire de son pays, censé "ne plus exister" selon les dires de ses officiels: des générations sacrifies pour le développement économique, des prostituées immigrées (ne pas censées exister non plus) et des petits caïds. Loin de l'impeccable propreté des rues singapouriennes, Djinn réussit à ressusciter les bas-fonds glauques et mal sécurisés de grandes métropoles outre-mer, hantées par des figures cassées et qui n'ont rien à perdre. Tel le cas de Harry Lee. Dès le départ introduit comme un personnage "à bout", il intériorise une certaine violence mal contenue. Attachant, ce personnage ne l'est pas réellement, son habitude de boire, son recours à la violence et sa "morale" bien à lui (enlèvement du chien) en faisant un marginal pas très digne de confiance. En même temps, il représente l'état d'être d'une large part de la population singapourienne: perdu, sans repères, ni identité il interroge son propre reflet dans un miroir. Pire, cadré et perpétuellement réprimandé (la scène du chauffeur du bus est explicite quant aux nombreux interdits de Singapore), il n'est que l'ombre de sa vraie personnalité; son nom, Harry Lee, version "américanisé" du nom du Premier Ministre tenant Singapore fermement en main, ironise sur cette politique "sécuritaire" en faisant du principal créateur du pays actuel une sorte de loser. On devine la fin sans retour; mais rien ne pourrait préparer le spectateur à une telle explosion de violence. Bien loin des "cool attitudes" d'un de Niro ou même des grands perdants récents dans des films asiatiques ("Bittersweet Life"), Harry Lee a perdu dès le départ, affrontant quasiment à mains nus des adversaires supérieurs dans des corps à corps bruts de décoffrage, enragés, sans autre but que de survivre. Une fin glacée. Incroyable mise en images, à la mise en scène particulièrement travaillée (rare dans les films singapouriens), aux nombreux acteurs à contre-emploi (Liu Qiu Lan, A. Panneeirchelvam et Sunny Pang, tous issus de comédies télévisuelles) et à l'image léchée (incroayble réussite du Super-16, gonflée en 35 sans rien perdre de son singulier éclat), "Perth" est assurément l'une des réussites majeures du renouveau du cinéma singapourien de cette dernière décennie.

13 décembre 2006
par Bastian Meiresonne


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